Le nouvel Observateur a réalisé une enquête sur la résistance de la France au livre numérique. Alors que c’est un succès croissant aux États-Unis, la France a quasiment réalisé son inévitable rentrée littéraire sans livre numérique et ce marché ne représente qu’environ 1% des ventes de livre. En résumé, et je vous invite à aller lire cette enquête, les raisons de cet échec pourraient être :
- la loi Lang qui engage à vendre cher un produit dématérialisé (ce qui d’ailleurs donne l’avantage aux applications qui ne sont pas liées au marché du livre et qui ouvrent vers une immense innovation)
- le fait que les internautes soient pistés et ciblés en fonction de leurs achats
- le prix élevé des tablettes numériques
- les accords de distribution encore balbutiants
- la qualité des tablettes et liseuses pas toujours au rendez-vous, voire lourdes (Le Kindle Fire pèse 414 g)
- la guerre des formats qui complique le choix de l’utilisateur (voir notre article)
- les protections qui bloquent l’utilisateur (des livres numériques chrono-dégradables sont même envisagés !)
Au passage, le journaliste en profite pour pointer du doigt le géant Amazon qui prend le contrôle de ce marché et se lance même dans l’édition.
Pour ceux qui iront lire cette enquête, vous verrez que son auteur n’est pas un fervent défenseur du livre numérique. Il décrit ce dernier comme une fausse innovation qui permet de tourner les pages, mettre un signet, annoter… tout comme l’autorisait un livre papier. Ne serait-ce pas un brin de mauvaise foi ? N’avez-vous jamais rêvé de dématérialiser votre saga familiale en douze tomes alors que vous essayiez désespérément de la faire rentrer dans votre valise pour l’été, ou lors de votre septième déménagement ? N’avez-vous jamais eu le désir de retrouver la mystérieuse page où l’on expliquait qui était ce satané cousin Helmut qui ne vous disait plus rien ? N’avez-vous jamais souhaité centraliser vos ouvrages en un seul et même endroit alors que votre exemplaire des Fleurs du Mal demeurait encore introuvable ? Tout ceci fait partie des qualités d’un livre numérique, sans parler de la technique au service d’une création de moins en moins limitée…
Moi ce qui me fait réfléchir, c’est ce que petit (il y a 30 ans), j’ai lu beaucoup de livres de la bibliothèque verte, dans une édition reliée qui date de l’enfance de mon père (qui a 40 ans de plus que moi). Ces même livres ont également été lu par mon neveu de 10 ans. Voilà un simple exemple de la durée de vie d’un bouquin papier. Qui peut prédire ce que sera devenu un kindle en carton dans ne serait-ce que 5 ans ? Et que deviennent les ebook achetés dessus ? Surtout quand ceux-ci ont des DRM ? Les DRM transforment l’achat d’un bouquin en location.